JOURNAL DE MA CHAMBRE - SUZY QUIOU

FENÊTRE SUR COUR

Journal intime d'une vieille femme indigne (Suzie Quiou, pour les intimes)

Que je vous dise ce que je vois par ma fenêtre ? Qu’est-ce que ça peut vous foutre ! J’suis chez moi, non ? J’fais et j’regarde c’que j’veux. Un point, c’est tout.
C’est vrai ça. Sous prétexte qu’on est confinés, faudrait raconter sa vie ? Ma vie, elle est à moi. Un point c’est tout ! J’suis ni confinée, ni confinie, même que côté confinie, y’en qui pensent que j’en tiens une couche (et pas culotte, hein ?) malgré mon âge avancé, et bien que j’aie des fuites urinaires, qu’ils disent. Ben oui, quoi, y’a un moment où on s’retient plus, les sphincters lâchent, comme ils disent. Sphincter, drôle de blaze pour parler d’mes trous de… vous m’avez comprise. Faut vivre avec son temps, mamie, qu’y m’disent. D’accord, alors, disons sphincters : ça fait quand même moins peuple et plus cultivée. Bon, laissons-les en repos un p’tit moment. Y’a pas urgence. Une autre fois (faut t’le répéter ? Tu t’laves pas les esgourdes, ou les portugaises, si t’aimes mieux, moi, j’suis internationaliste et LIBRE).
Et d’abord, rien que pour faire chier les voisins et les voisines, qui fourrent leur gros nez partout où’c’que ça les regarde pas, j’ouvre pas ma fenêtre ! Je baisse les volets-roulants-modernes et j’laisse juste passer un petit rai de lumière, pour savoir si c’est l’jour ou la nuit, j’suis pas comme les chats, moi, la nuit j’y vois qu’dalle. J’ai un balcon, et après ? J’y vais pas su’l balcon. Ben,non, si j’t’l dis qu’ j’y vais pas. M’intéresse pas : 10 mètres un peu arborés pour me séparer des voisins d’en face, ça fait pas une forêt. Et les voisins d’en face ? Sympa, la dame. Elle s’agite sur le sien de balcon pour faire des grands signes et des sourires niais à sa p’tite fille (cinq mois) qu’habite juste au-dessus d’chez moi. Famille nucléaire. Nucléaire ou pas, les familles, j’suis comme l’autre, je les HAIS. C’est bon qu’à vous sucer l’sang et bouffer vos quat’ sous, et quand y’en a plus, à l’hospice ! Faut laisser d’la place aux d’jeunes. Moi, j’les em….. Mon appart, il est à moi et j’leur laisserai que quand j’serai à les bouffer par la racine. Mais non, pas les d’jeuns, bécasse, les pissenlits. Mais du coup, pas en salade avec des lardons et un œuf mollet. Dommage qu’ils aient pas des bons cuistots d’l’autre côté. C’est pour ça qu’je retarde.
Du temps qu’j’ouvrais un peu mes fenêtres (trois qu’j’en ai), je voyais des trucs, sur le balcon, comme la photo que j’te joins, si ça t’intéresse. Et j’m’régalais à voir copuler les scarabées. Mais la rose est morte et l’voyeurisme et la branlette, c’est fini pour moi. Faut un’fin à tout
Bon, y’en a assez pour aujourd’hui. Si t’en veux encore, fais-moi signe.

 

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